Texte: Matthieu 17,1-9
Parfois,
j’aimerais planter ma tente
dans une autre dimension
remplie de lumière et de chaleur
juste pour un instant
oublier ce qui ne va pas
jeter un coup d’œil
sur la beauté de l’autre monde
sur ce qui est déjà
et ne pas encore
ce qui n’est pas encore
mais qui est en train de naitre
qui semble être en retard
mais dont les étincelles de lumière
allument
le feu de l’amour
et du réconfort
dans mon âme
Cher-e-s ami-e-s,
c’est déjà la fin de mon stage ici parmi vous. Le temps a passé tellement vite que par moments, j’ai eu à peine le temps de m’en apercevoir.
J’ai réfléchi de ce que j’allais pouvoir vous partager pour ce dernier culte de mon stage. Il y a un thème, un sujet, qui me touche depuis longtemps. C’est celui du mal, de la souffrance dans ce monde, et de ce que pourrait être message d’évangile dans les différentes situations de souffrance ou lors de moments difficiles à traverser. Pour cette raison, j’aimerai partager avec vous quelques réflexions personnelles à propos d’un récit biblique qui m’est devenu cher : la transfiguration.
Entre des annonces de sa souffrance, Jésus monte avec quelques-uns de ses disciples sur une montagne. Une montagne haute. Encore plus d’efforts ! comme si le quotidien des disciples n’était pas déjà assez dur ! Cette vie de disciple, rempli de marche, parfois incertaine, toujours en mouvement.
La vie des disciples n’est pas facile, j’imagine. Jésus avait parlé de souffrances, et maintenant il fallait encore monter sur une montagne ! Mais d’un l’autre côté – enfin, ils pouvaient finalement passer un peu de temps seul avec Jésus. Ce qui arrivait ensuite – personne n’aurait pu le deviner !
Jésus s’illuminait. Il commençait de briller. Il était lumineux comme le soleil. Ses vêtements étaient blancs. Moïse et Elie apparaissaient comme par magie, et les trois discutaient ensemble. Personne ne sait de quoi ils parlaient. Mais les disciples le voyaient. Si seulement l’un d’entre eux l’avait vu, on aurait pu penser à une illusion. Un coup de soleil sûrement par le temps qu’il devait faire. Trop d’effort dans le climat aride et chaud d’Israël. Mais ils le voyaient tous. Et ils le trouvaient beau. Tellement beau qu’ils voulaient rester, tout simplement. Oublié était pour un instant le quotidien avec ses difficultés, ses souffrances et peut-être ses douleurs. Dans le moment présent, il n’y avait plus que cette beauté – un regard derrière le voile sur un autre monde, encore caché et pourtant présent.
Là, ils voulaient rester; rester et dresser des tentes.
Et tout d’un coup, il y avait ce nuage. Au lieu de faire de l’ombre, il luisait, et une voix venait du nuage. Jésus serait l’enfant aimé, disait-elle, et qu’ils devaient l’écouter. Alors là, c’était de trop ! Ils prirent peur. Ce n’est pas tous les jours qu’on a une expérience surnaturelle comme ça. Peut-être qu’on aimerait entendre Dieu directement, audiblement une fois après tant de prière – mais quand ça arrive vraiment, j’imagine que beaucoup de monde serait intimidé ou prendrait peur.
Mais Jésus ne les laisse pas seuls dans cette peur. Il les approche. Il les touche. Il les ramène dans l’ici et le maintenant. Dans le quotidien. Ils étaient tombés, et qu’est-ce qu’il leur dit ? « Levez-vous ! » et, « N’ayez pas peur ». Ils lèvent leurs regards et il n’y a plus que lui. Seulement Lui. Et puis, ils descendent de la montagne. Ils ne sont pas censé parler de ce qui est arrivé – en tout cas pas encore. Entre eux et Jésus il y a maintenant un lien spécial. Ils sont des initiés, pour ainsi dire. Pour un certain temps ils ont un savoir spécial – ils savent quelque chose que les autres ne savent pas encore, et qui, j’imagine, peut les réconforter dans ce qui les attend. Ils ont entendu la voix de Dieu, Jésus les a touché et leur a dit de ne pas avoir peur. Il leur a dit de se relever.
Et si MOI j’avais été là, avec eux ?
J’imagine que j’aurais été content de passer un peu de temps avec Jésus. Juste nous, les quelques « élus », ensemble avec Jésus. Sortir du train-train quotidien, loin des annonces de souffrance et de malheur qui, en somme, sont perturbateurs quand même.
Car, qui veut entendre parler de souffrances ? Ou en faire l’expérience ? -me dis-je. Et pourtant, nous les disciples, en entendent parler souvent : les guerres en Ukraine et ailleurs, ce qui se passe au Pérou, la criminalité, des maladies qui nous touchent nous ou des gens qui nous sont proches, le chômage – la liste est longue.
Ce sont des choses dont je serais content si je ne devais plus en entendre parler – dont je ne veux plus en entendre parler ! Non pas parce que je veux fermer mon cœur et mes oreilles, mais parce qu’un jour, tout ce mal doit quand même cesser ! Il me faut de l’espoir…
Et c’est alors que je monte sur la montagne avec Jésus. J’ai vraiment besoin d’un break. Nous montons sur la montagne ensemble avec Jésus. Et c’est là que c’est arrivé : Jésus a été changé, transformé. Il a été transfiguré, comme on dit.
Tout d’un coup il y avait là une autre réalité que celle qui est toujours devant les yeux. Une autre que celle qui peut parfois être si triste et dure. Elle était pleine de lumière, et elle me réconfortait.
Elle était différente, comme une fenêtre qui s’ouvre – sur l’espoir qu’il y a plus que ce qui est devant mes yeux tous les jours. Que l’espoir de changement, de transformation n’est pas qu’illusion ou pure spéculation ; que la foi n’est pas juste une béquille pour les faibles.
Je me frotte les yeux et regarde autour de moi : les autres le voient aussi. Tout est réel. Ça arrive vraiment. Là, il y a Moïse et Elie qui parlent avec Jésus. Et nous avons été choisis pour le voir. Non pas que Jésus n’a pas été pleinement lui-même déjà avant ; mais lors de ce moment, pendant cette transfiguration, nous pouvons voir qui il est vraiment.
Et ça me fait réfléchir.
Dans l’invitation pour suivre Jésus il y a aussi, il me semble, une invitation pour moi d’être transfiguré – de moi devenir entièrement moi-même, au milieu de cette vie parfois turbulente, même chaotique. De devenir ce que je ne suis pas encore – dans l’espoir qu’il y a plus que ce qui est visible. Ainsi, je vois un Jésus dont la vraie identité en tant qu’enfant aimé de Dieu est révélé dans la lumière de ce qui est encore à venir. Sa souffrance est celle de l’humanité toute entière, et spécialement, il me semble, de ceux et celles qui se voient livrés aux violences, aux paroles dures, qui souffrent de maladies ou d’injustices. Mais lors de ce moment, cette souffrance est transcendée et son identité devient visible.
Et dans sa lumière, moi aussi, je peux percevoir mon identité et me savoir aimé, accepté et accueilli par Dieu tel que je suis en tant que son enfant aimé – j’en suis convaincu. Je peux espérer et savoir qu’il y a plus que souffrance et violence.
Ce moment de certitude, de vision est tellement beau que je veux rester et contempler. « Dressons des tentes », nous proposons à Jésus, nous voulons rester. Nous voudrions aussi être changer, unis avec Dieu. Peut-être entendre sa voix ? Nous sommes comme ivres de Lumière. Et vint la voix depuis les cieux : C’est mon enfant bien-aimé ! Faites comme lui, il vous commande ! Belle, cette voix est douce et en même temps elle remplit tout. Et en même temps elle est si puissante qu’elle nous ramène sur le sol de cette autre réalité, la réalité du quotidien. Cette voix nous met à genoux et nous remplit de crainte – crainte de ce qui pourrait encore advenir dans le monde, mais aussi devant ce Dieu qui est Amour et en même temps tout autre.
Et puis Jésus est là. Seulement lui et nous. Il nous touche. Il nous relève. « Levez-vous », dit-il et « N’ayez pas peur ». Ne pas avoir peur ? La rencontre avec Jésus seul, de retour dans la vie quotidienne, « normale », dans ce monde pas encore tout à fait libéré et transformé mais qui commence à en porter les traces – me donne du réconfort. Car ce monde n’est pas tout ce qui est – cette autre réalité existe aussi ; comme contraste, mais aussi, il me semble, comme réconfort et comme espoir. Espoir que les choses peuvent changer, de tout ce qui est encore à venir – justement ici, au milieu de tout ce qui semble ne pas aller. Un reflet de la beauté qui est là et ne pas encore là.
C’est un réconfort qui résiste. C’est un espoir qui est résistance. Et ainsi, je me relève. Nous nous relevons. Et nous descendons de la montagne.
Nous, le petit groupe de parmi les disciples qui avons vu la lumière et ont entendus la voix, ensemble avec Jésus. Nous descendons de la montagne avec ce savoir que nous devons garder pour nous. Un secret entre nous et Jésus qui nous portera encore pour un petit moment à travers tout ce qui pourrait advenir.
Nous avons vu qui est Jésus, et ce qui est encore à venir ; nous avons pu jeter un regard sur ce qui n’est pas encore mais qui existe quand même déjà.
En quelque sorte, nous sommes touxtes transfigurés maintenant. Qui nous sommes, nos identités, sont bonnes. Je suis bien, car Dieu m’a créé tel que je suis. Et en même temps mon identité est comme une semence qui va encore grandir et se transformer pour devenir ce qu’elle est vraiment. Aux yeux de Dieu, je crois, il y a toujours plus que ce que je peux imaginer.
Plus de réalité que celle que voient mes yeux.
Dieu m’invite -Dieu nous invite cher*es ami*es- d’être pleinement nous-mêmes. Et de nous laisser transfigurer par sa lumière, tel les disciples et comme eux, de nous laisser porter par son amour et cet espoir et du déjà et pas encore. Les autres le sauront aussi bientôt. Mais maintenant nous pouvons nous relever et continuer de marcher dans ce monde – remplis de réconfort, pleins d’amour, debout.
Que cette lumière vous accompagne dans votre quotidien,
et l’amour de Dieu remplisse vos cœurs,
Amen.
Matthieu 17, 1-9
1Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, frère de Jacques, et les conduit à l’écart sur une haute montagne. 2Il fut transformé devant eux ; son visage se mit à briller comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. 3Soudain Moïse et Élie leur apparurent et tous deux parlaient avec Jésus. 4Pierre dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici. Si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » 5Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse vint les couvrir, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui je mets toute ma joie. Écoutez-le ! » 6Quand les disciples entendirent cette voix, ils eurent tellement peur qu’ils se jetèrent face contre terre. 7Jésus s’approcha, les toucha et dit : « Relevez-vous, n’ayez pas peur ! » 8Ils levèrent alors les yeux et ne virent plus que Jésus, seul. 9Tandis qu’ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit cette recommandation : « Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts. »